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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

20 Novembre 2013 Publié dans #Récit

Ce tout petit livre (dix pages, texte de François David, illustrations de Anne Herbauts) est un hommage à Ottla Kafka, née en 1892, morte en 1942.
Qui a lu le journal de son frère Franz ou les lettres qu’il lui a adressées sait qu’Ottla a été la sœur préférée (parmi les trois), la confidente, le soutien indéfectible aussi, particulièrement à la fin de sa vie. C’était la plus jeune, de neuf ans sa cadette, mais celle dont le caractère était le plus affirmé. Dans la famille, elle seule a su tenir tête au père, imposer ses choix, ce qui n’a cessé de faire l’admiration de Franz.
Je me souviens que Franz, alors qu’Ottla était enfant et lui jeune homme, lui faisait la lecture de pièces de théâtre en endossant tous les rôles, pour la faire rire, lui écrivait des histoires ou lui dessinait des figures plus ou moins imaginaires ou caricaturales. Ottla suscitait en lui un appel à la vie et à la comédie. Quand chacun fut plus grand la vie leur fit prendre de la distance géographique, mais ils demeurèrent proches, grâce à cette correspondance qui nous est connue, où l’on mesure à quel point Ottla a été pour Franz probablement le plus grand amour de sa vie, parce que le plus rassurant.
Le livre de François David et Anne Herbauts ne parle que d’Ottla. Ce n’est pas une biographie, juste une trace, quelques repères essentiels qui nous donnent envie de savoir qui était cette jeune fille déterminée, imposant son mariage avec un catholique à un père furieux, apprenant le travail de la terre, accompagnant son frère au seuil de la mort, avant de la connaitre elle-même, moins de vingt ans plus tard, divorcée et donc désormais redevenue officiellement juive, alors qu’elle choisit d’être volontaire pour accompagner un groupe d’enfants qui allait être déporté à Auschwitz, où tous furent gazés peu de temps après leur arrivée.
Les auteurs ont choisi de semer ces quelques indices, comme des petits cailloux blancs, pour baliser le chemin de la vie d’Ottla qui on le devine fut certainement une personne formidablement passionnante. La petite sœur de Kafka fut à bien des égards une belle personne.
Le texte est très court. Les illustrations, majoritairement en noir et blanc, se terminent comme Ottla en nuage de cendres.
Si pour la plupart d’entre nous Ottla existe par Franz, à n’en pas douter le contraire est vrai, et à travers elle, on peut avoir une pensée pour tous ces êtres anonymes, oubliés de la postérité, qui ont aplani et facilité le chemin d’un artiste admiré, reconnu, parfois même qualifié de génie, qui ne leur doit rien de leur talent bien sûr, mais a pu se reposer un instant d’une humanité qui leur semblait souvent si hostile.
Ottla n’a pas écrit de roman, peint de tableau, révolutionné le monde des idées, battu un record sportif, mais fit de sa vie une œuvre à laquelle les auteurs ont voulu rendre un hommage discret et émouvant, et j’aime l’idée que dans les bibliothèques « La petite sœur de Kafka » avec ses dix minuscules pages, pourra de nouveau s’adosser à son frère, lui permettant de se reposer un peu.

La petite soeur de Kafka - François David / Anne Herbauts

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