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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

10 Février 2014 Publié dans #poésie

Cet album de la collection « Dada » des Editions Mango regroupe 19 poèmes sur le thème de l’exil, thème qui m’est cher, écrits par des auteurs allant de Victor Hugo à Yang Liang (né en 1955).
Ces poèmes sont illustrés sur un assez grand format de dessins simples et colorés, très symboliques, conçus à partir généralement d’un vers du poète concerné.
Les auteurs sont à un moment de leur vie, ou leur vie entière, exilés de France, Russie, Turquie, Allemagne, Chili, Espagne, Sénegal, Haïti, Grèce, Algérie, Palestine, Maroc, Congo et Chine, selon le choix des concepteurs de l’ouvrage. Leur exil est le plus souvent politique, en raison de prises de positions courageuses qui ont amené le déchirement du départ bien souvent sans retour.

Certains auteurs m’étaient connus,( Louise Michel, Pablo Neruda, Léopold Sedar Senghor, René Depestre…), d’autres pas du tout (Raphaël Alberti, Assia Djebar, Maxime N’Ddebeka).
Tous ces poèmes, qui m’ont plus ou moins parlé ou attendrie, évoquent l’exil principalement dans les souvenirs des actes du quotidien, des odeurs, même les écrits les plus emphatiques tels sous la plume de Victor Hugo. Le mal du pays c’est aussi les paysages sous lesquels on a grandi que la mémoire orpheline transcende. Le souvenir est un re-création, d’où jaillit le poème. Par ailleurs, le poète lucide sait que le retour qu’il espère n’est qu’un fantasme : si par bonheur il peut rentrer chez lui, il sait qu’il ne reconnaîtra pas grand-chose, et surtout qu’il ne se retrouvera pas lui-même, car l’exil l’aura changé, dénaturé…

Je crois que le mot le plus employé, quelles que soient l’origine et la langue du poète, est le mot « portes », au pluriel. « Portes » souhaitées ouvertes, mais qui à l’instant de l’écriture demeurent fermées. L’exil est une prison, le poème l’évasion, la clé hypothétique.

Au final, quel que soit le pays et la nationalité du poète, l’exil extérieur devient au fil du temps un exil intérieur, celui de l’homme à lui-même, qui est inscrit dans la majorité des créateurs, pour toucher à l’universalité de chaque être.
Nous avons tous un exil en nous, et nous le savons bien.

Parmi les 19 poèmes choisis, ma préférence va à « Je ne suis qu’un poète… » de Pablo Neruda, et celui dont je me suis sentie le plus proche est « En buvant de l’ouzo « Sans rival » » de Vassilis Vassilikos, écrivain grec auteur de « Z », que j’ai choisi de vous faire partager en citation.

En buvant de l’ouzo « sans rival »

En buvant de l’ouzo « Sans rival »
Je me suis rappelé
De très anciens villages,
Des phrases inachevées
Faites d’olives, de pastourma,
Et d’un peu de fromage de Kyntho.
L’odeur du rez-de-chaussée,
Et la clef des cabinets
Toujours dans les mains du propriétaire.

Stratos, Procope, Kostis,
Et Vaghia, originaire de Kozani,
Qui tant voulait, dans la capitale,
Devenir metteur en scène. Tous mes amis
Qui ne peuvent boire
Et les autres qui boivent désormais sans moi.

Je me suis rappelé tout cela,
Comme un poème de Kavaffis en traduction,
Quand tu n’as pas l’original, quand,
Ne pouvant plus résister
A l’embrasement de la mémoire
Tu mets beaucoup d’eau, tu mets de la glace,
Et tu bois alors un liquide
Blanc, doux et nostalgique.

Vassilis Vassilikos

Poètes en exil - Caroline Henaff

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