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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

3 Octobre 2013 Publié dans #Musique

Arrivée au terme de cette lecture de presque 400 pages j’avoue éprouver pour cette autobiographie (s’achevant en 2008) un abime de perplexité, tant la personnalité de Françoise Hardy me semble… et je ne trouve pas le qualificatif adéquat.

J’ai toujours trouvé du talent à la chanteuse, du moins pour certaines de ses chansons plutôt bien écrites, sensibles, et qui correspondent bien à son timbre de voix un peu feutré mais assez joliment timbré. La femme ne m’a jamais particulièrement émue, ni physiquement, ni de ce que j’ai pu entrevoir de son caractère. Les silhouettes androgynes ne m’attirent nullement, et ses apparitions médiatiques timides et souvent maladroites m’ont souvent ennuyée.

Pourtant, j’ai eu l’envie de lire ce livre à un moment où je ne suis pas disponible pour grand-chose, car Françoise Hardy a fait de la chanson son métier, a évolué dans le domaine artistique et côtoyé des gens intéressants, et je pensais que l’écrit lui permettrait de s’exprimer plus facilement.

En effet, pour le dernier point, le livre est correctement écrit.

Françoise Hardy m’a parue sincère et plutôt sympathique, car elle ne cherche pas à épater, ou à apitoyer, bien au contraire. S’il est un trait de son caractère qui ressort tout particulièrement à la lecture de ces nombreuses lignes, c’est bien une propension ahurissante à l’auto-dénigrement.

Ce paradoxe pour quelqu’un qui fut et demeure encore une star et plus encore une icône, qui a réussi à vivre de sa passion immense pour la chanson, fait tout le sel du livre. Malgré tout, très vite, sans doute à cause de mon tempérament latin, j’ai souffert pour elle de ses tortures mentales qu’elle ne cesse de s’infliger : anxiété maladive, timidité, analyse perpétuelle, doutes, etc… qui sont souvent le lot des esprits créatifs, mais chez elle non compensés par l’euphorie que peut apporter l’acte de création, l’intensité d’une vie faite de passion…

Ici, avec Françoise, la morosité est partout. Ce pourrait être insupportable, mais comme elle est très lucide et qu’elle adore tout décortiquer, elle est la première à se trouver sinistre et ennuyeuse, et ça la rend attendrissante.

Françoise est définitivement une cérébrale : on cherchera vainement le mot « plaisir », ou la moindre étincelle de sensualité. Le seul moment où on la sent véritablement vibrer et qu’elle se laisse aller, elle qui prône le lâcher-prise, est lorsqu’elle évoque son rôle de mère et son fils adoré Thomas.

Chanter ? Elle est d’une timidité maladive, le trac la paralyse et la fait détester les scènes publiques.

Séduire ? Ayant été rabaissée dès son plus jeune âge par une grand-mère horrible, elle n’a jamais eu la moindre conscience de son pouvoir de séduction, si ce n’est que très tard.

Aimer ? Aimer c’est souffrir, puisqu’à travers des lignes et des lignes de psychologies parfois un peu fumeuses pour moi, Françoise nous dit simplement que nous sommes tous condamnés à aimer les êtres qui nous font du mal, puisqu’ils nous complètent et sont donc nos opposés. Soit. Si tu veux, Françoise… Malgré cette lucidité qu’elle reconnait avoir mis des années à acquérir sentimentalement, elle avoue être au fond une midinette indécrottable. L’homme de sa vie, Jacques, n’a été qu’un tourment (six mois de bonheur dit-elle), puisqu’il était « polygame », bien qu’il lui ait dit qu’il ne l’a jamais trompé, car, « ce qui se passe au-dessous de la ceinture ne compte pas ». J’avoue que par moment on frise les exposés conformistes, mais c’est exprimé avec un tel entêtement et une telle souffrance que c’est attendrissant, encore une fois.

Qu’elle évoque Jean-Marie Périer (personnage vraiment sympathique), Dutronc, ou les deux ou trois hommes qu’elle a eus dans sa vie, à aucun moment Françoise n’évoque un quelconque plaisir charnel. Non par pudeur excessive, (elle nous raconte son dépucelage (et celui de son fils) « je n’ai rien ressenti »), mais parce qu’il semble évident que ce domaine amoureux n’a pas été pour elle des plus satisfaisants. Lorsque ces personnages évoluant dans le milieu du show-biz, avec des horaires décalés, fêtards excessifs pour certains, au risque de faire tomber le mythe, se retrouvent enfin au lit ensemble, ils sont souvent trop épuisés pour faire quoi que ce soit d’autres que dormir. Françoise, sage comme une image, ménagère accomplie, a passé sa vie à attendre ses hommes qui une fois à la maison n’avaient plus la force physique de partager quoique ce soit d’autres que leurs ronflements. Elle est attirée par les hommes faibles « affectivement », androgynes, auxquels elle se soumet pour ne pas être abandonnée. Le côté ludique de l’amour ? Elle est passée à côté, et elle le regrette.

Françoise a attendu aussi toute sa vie des déclarations, des preuves d’amour, et s’est aperçue bien tard de celles qu’elle n’avait pas su voir, aveuglée par sa jalousie, ses carences affectives. Là encore, elle ne dresse pas un portrait aigri ou revanchard de Dutronc, elle constate simplement leurs malentendus.

Pourtant, et là aussi il faut lui rendre justice, elle en est parfaitement consciente, Françoise a eu beaucoup de chance. Après une enfance morne auprès d’une mère célibataire et d’une sœur jalouse, dans un milieu plutôt pauvre financièrement et culturellement, elle est devenue célèbre à la vitesse de l’éclair à 18 ans (un choc terrible), et a bénéficié de moyens financiers très confortables qui l’ont tenue à l’écart tout au moins jusqu’aux années 2005 des soucis matériels.

Une maison sublime en Corse pour les vacances, plusieurs appartement successifs pour cette fille qui n’aime que Paris, déteste voyager (à l’exception d’un engouement tardif pour le Japon), vêtements de luxe (sobres mais coûteux), bijoux rares (sobres mais coûteux), accès à toutes sortes de médecines pour cette hypocondriaques… ajouté à une totale ignorance du monde politique ou social…

Hardy-Dutronc, finalement, vivent et aiment leur confort très bourgeois, même si Jacques a besoin de s’y soustraire régulièrement pour ses excès divers… Thomas ira dans une école privée (Françoise est furieuse de n’avoir pu l’inscrire dans une autre école privée qu’elle convoitait, et nous en écrit tout un paragraphe parfaitement indigent…), sera brillant, et ne fera même pas sa crise d’adolescent, ce qui aurait pu un peu la secouer. Non, il est poli, gentil, sa petite amie est « bien », Françoise regrette qu’il n’ait pas choisi un métier « sûr »… on est loin de la folie des artistes.

Françoise, au fond, aurait aimé être Sylvie Vartan, qu’elle admire et égratigne un peu (car elle a la dent dure). Sylvie la blonde, sûre de sa féminité et de sa séduction, qui sait imposer ce qu’elle veut sur le plan artistique, et qui s’est toujours accommodée de la polygamie de Johnny, jusqu’au jour où elle en a eu marre et l’a quitté. Elles ont en commun de venir d’un milieu populaire, contrairement à France Gall, que visiblement Françoise ne porte pas dans son cœur, car elle a un gros faible pour Michel Berger et aime beaucoup le « civilisé » Julien Clerc.

Françoise traîne aussi un vieux complexe d’infériorité à cause de son peu de culture, mais elle aime apprendre et surtout approfondir ce qui l’intéresse. En l’occurrence, la psychologie. Sa passion pour l’astrologie est connue (et elle en parle assez prudemment), mais elle a écumé les salons de voyantes, hypnotiseurs, magnétiseurs et autres directeurs de conscience. Et nombre de psychothérapeutes. Ainsi elle nous fait part de quelques recettes qui m’ont personnellement beaucoup ennuyée, tant elles sont raisonnables. Mais sa curiosité et son envie d’apprendre sont bien sympathiques.

Bien sûr je ne suis pas objective, je réagis avec ce que je suis à ce qu’est Françoise. Elle nous le martèle sans cesse : nous sommes con-di-tion-nés. Certes, mais à partir de là, quoi que l’on fasse, nous répèterons toujours les mêmes erreurs, et comprendront bien trop tard ce qui aurait pu nous être bénéfique. Youpi ! Qu’est-ce qu’on rigole avec Françoise !

Ses amis ? Houellebecq (qu’il est drôle), Stockausen (idem)… j’exagère, elle aime parfois s’entourer de femmes aux antipodes d’elle, ainsi une vieille call-girl défraichie qui a eu tout le monde dans son lit (y compris Thomas qu’elle a initié), deux ou trois lesbiennes laides mais qui ont « compris que la beauté intérieure compte plus que tout »). Elle est folle d’admiration pour la pianiste Hélène Grimaud (elle en parle avec plus de chaleur que de n’importe qui), et de certains grands scientifiques. Elle a la chance d’avoir aussi pour ami d’adolescence Patrick Modiano, qui passe son temps à lui envoyer des petits mots hilarants et légers pour la dérider.

Françoise ne se sent bien qu’avec les femmes androgynes comme elle : si Charlotte Rampling constitue son nirvana de séduction, elle assassine (il n’y a pas d’autres mots) Romy Schneider (qui a séduit Jacques, qui entre nous s’est bien laissé faire), n’est pas tendre avec Catherine Deneuve, sans doute trop féminines pour être fréquentables. Quand elle est triste, heureusement il y a Benjamin Biolay dans les parages… c’est dire…

Je me moque, mais gentiment, parce que je l’aime bien au fond Françoise, j’accepterais même de déjeuner avec elle… si c’est moi qui fait la cuisine.

Elle m’a touchée quand elle avoue avec sincérité son incapacité à chanter en mesure, ce qui lui a valu des séquences d’enregistrement désastreuses avec de grands musiciens qui croyaient qu’elle faisait sa diva (c’est mal la connaître). Malgré tout, sur le plan musical, je m’attendais à apprendre davantage que quelques anecdotes un peu people assez ennuyeuses. Seule son évocation de Mireille et son mari Emmanuel Berl est un peu émouvante.
Françoise avoue ses lacunes dans le livre, mais dans la vie elle n’est pas diplomate pour un sou, est maladroite verbalement et souvent agressive… elle a froissé nombre de gens. Elle en a pris pour son grade également, pour avoir exprimé certaines idées « réactionnaires ». Si elle ne cache pas sa détestation de la gauche et une certaine sympathie pour le libéralisme, elle pense avoir été imprudente dans certains de ses propos que les médias se sont empressés de tronquer. Ceci dit, elle ne prétend pas avoir une pensée politique affirmée et même intéressante. Lucide, je vous dis.

Au final, j’aurais envie de lui écrire, allez Françoise, va manger un bon couscous, bois un bon Chablis, et je te laisse deviner pour le reste, mais lâche-toi !! Profite tant qu’il est encore temps.

Et écris-nous encore de belles chansons.

Encore une chose… le titre de ton livre, « Le désespoir des singes », j’ai bien compris, c’est un arbre qui te plait, mais pour les « autres bagatelles », j’attends toujours. Peut-être dans le prochain tome ?

Le désespoir des singes et autres bagatelles - Françoise Hardy

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