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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

9 Février 2013

Critique réalisée dans le cadre de Masse Critique : merci à Babelio et aux Editions Pascal Galodé

Je suppose que les amoureux de Kafka, dont je fais partie, sont tout autant attachés à l'œuvre qu'à l'homme, si indissociables l'un de l'autre, puisque probablement aucun des lecteurs n'aura fait l'impasse sur le Journal de Franz.

Laurent Jouannaud aime l'homme et l'écrivain Kafka, ce qui est la même chose, et s'est offert le fantasme d'imaginer que celui-ci n'est pas mort le 03 juin 1924, mais s'est remis de sa tuberculose, et a continué de vivre les événements de son époque. J'avoue que c'est une question que je me suis souvent posée : qu'aurait été la vie de Franz s'il n'était pas mort si jeune ? Sans doute parce que, comme l'auteur, j'avais envie de rêver un bonheur possible pour ce compagnon de ma vie.

J'ai pensé résumer ici ce que l'auteur a imaginé, mais je me retiens car je n'aime pas divulguer les péripéties d'un roman que je veux donner envie de lire.

Je me bornerai donc à dire que Laurent Jouannaud a écrit un livre très original, plausible, et très sympathique, avec la petite réserve que j'ai trouvé parasites ses réflexions sur lui-même, superflues parce qu'elles en disent trop dans le contexte du livre, ou pas assez dans ce qui pourrait donner matière à un autre roman, roman de celui qui se prenait pour Franz Kafka….

Sur le plan de la forme, hormis cette réserve de quelques pages qui coupent le récit, le livre est bien fait. Il s'agit d'une biographie classique, bien documentée, articulée autour des extraits de journaux de Kafka, des événements historiques et différents lieux traversés. Rien ne m'a paru erroné dans le style contrefait de l'auteur.

Mon problème, à la lecture, c'est qu'étant moi-même très proche de l'ami Franz (sans me prendre pour lui), j'ai une perception différente de certains traits de caractères que lui prête l'auteur, à travers ma propre lecture du « Journal » réel…

Laurent Jouannaud pense que Kafka n'avait pas d'humour, ou que lorsqu'il le pratiquait ce n'était que pour s'intégrer en société. Je pense pour ma part que Kafka était doté d'un humour « décalé », comme devait être son existence. Pour moi, Kafka n'était pas « absent », mais « ailleurs », ce qui est très différent. Max Brod raconte dans ses souvenirs sur son ami que celui-ci faisait beaucoup rire son cercle d'amis (oui, Kafka avait des amis, même s'il a souffert d'une éternelle solitude), à travers ses lectures à haute voix, ses talents de comédien, ses dessins caricaturaux… Kafka n'était pas sinistre. Par ailleurs, Laurent Jouannaud affirme que Kafka n'aimait pas le théâtre : de nombreuses pages du Journal de Franz démontrent le contraire, en particulier ses anecdotes au sujet du théâtre yiddish où il se rendait très souvent.

Pour le reste, j'ai eu un peu de mal à imaginer Kafka s'installant en France. de même, l'évolution des rapports entre Franz et son père ne m'ont pas convaincue, ni son renoncement si fréquent au cours de sa « nouvelle » vie à l'écriture. J'imagine Kafka renonçant à bien des choses, jamais à l'écriture.

J'ai adhéré par contre aux péripéties sentimentales de Franz, à ses interrogations quant à la langue, au judaïsme, et j'ai beaucoup ri et apprécié l'hommage discret à Albert Camus, dont je veux laisser la surprise aux futurs lecteurs du roman.

Pour finir, ce roman constitue une lecture agréable, sympathique, courageuse dans la mesure où je suppose que l'auteur va s'attirer les remarques plus ou moins agréables des amoureux de Kafka tels que moi, et j'espère que l'auteur aura trouvé son propre chemin d'écrivain en tuant une deuxième fois le « père » qui lui fait tant d'ombre par trop de lumière, Franz Kafka, auquel il aura écrit, en imitation, sa propre lettre.

Kafka, suite - Laurent Jouannaud

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