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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

13 Février 2013

Critique réalisée dans le cadre de Masse Critique Babelio. Merci à Babelio et aux Editions Belfond.

Quand j'ai jeté un premier coup d’œil sur la liste des ouvrages proposés par Babelio pour cette nouvelle édition de Masse Critique, il faut bien avouer que rien ne m'a sauté aux yeux. Mais la perspective de recevoir gratuitement un livre n'est pas à dédaigner en ces temps de précarité, et j'ai de nouveau réexaminé les choix proposés. Un titre m'a interpellée : "Mon frère italien". Auteur : Giovanni Arpino, inconnu pour moi. Adorant l'Italie, d'où est originaire une partie de ma famille, et le petit résumé de l'intrigue me paraissant vaguement attirant, j'ai coché la petite croix dans le cadre prévu à cet effet. Petit geste, grandes conséquences...

Lorsque j'ai reçu le livre, je m'étais renseignée sur l'auteur, ce qui m'avait laissé entrevoir des indices très prometteurs : il a écrit "Parfum de femme", dont a été tiré un de mes films cultes, avec Vittorio Gassman, le plus bel acteur que l'Italie ait porté.

Alors donc, me voilà sur le chemin de "Mon frère italien".

C'est un itinéraire tortueux, cruel, difficile, bien loin de l'image lumineuse que l'on pourrait avoir de l'Italie. Ici, nous sommes à Turin, ville industrielle du Nord, et cela a beau être l'été, ne suintent que la crasse et la désolation. Deux hommes se rencontrent. Deux vieillards, un intellectuel du Nord et un ouvrier du Sud, que tout en apparence pourrait opposer et qui ne sont finalement que les deux faces d'une même destinée. Les deux hommes entretiennent une relation difficile - et c'est un euphémisme - avec leur fille respective, et se voient investis d'une mission familiale, mission qui va les mener au bout d'eux-mêmes, et engendrer une amitié qui tient plus de la survie lors d'un naufrage que d'une relation mondaine... Leurs silhouettes m'ont fait penser aux deux vagabonds de "En attendant Godot" de Samuel Beckett. Ces deux italiens, au moment où nous faisons leur connaissance, ne sont rien d'autre que deux être en sursis, en attente de la mort, après une vie faite de désillusion et de labeur. Ils se rencontrent au cours d'une nuit angoissante, et sont tout à coup mis en demeure de trouver une énergie nouvelle pour sauver ce qui reste de leur famille. Par une entraide mutuelle, physique ou matérielle, ils scellent un pacte muet, traversent l'enfer ensemble dans une succession de scènes assez surréalistes et parfois insoutenables.

Le style de Giovani Arpino est ainsi agencé que nous ne savons jamais si nous sommes dans un rêve cauchemardesque ou dans la réalité. Ce que vivent les deux protagonistes est décrit avec maints détails crus et précis, mais leur environnement se nimbe de poésie. Chaque arbre, coucher de soleil, ruelle de Turin, paysage de campagne est présenté à l'aide de métaphores étranges, sensorielles, qui aèrent le récit parfois étouffant. Le personnage de Staline, le chat de l'instituteur du nord, est un peu le contrepoint stable du récit qui ne cesse de vaciller et de nous déstabiliser. Cette juxtaposition d'univers antinomiques donne me semble-t-il la force et l'originalité de ce récit étrange qui m'a remuée. "Mon frère italien" a une fin bien déterminée, et pourtant, au terme de ce roman, l'impression demeure de quelque chose d'inachevé. Reste un hymne discret mais tenace à la solidarité, à l'amitié, à la paternité, recouvert d'une couche de tristesse dans la solitude d'une vieillesse qui ne veut pas mourir, ou alors, debout, fière, après un glorieux combat. "Mon frère italien" se clôt par ailleurs par un discret mais remarquable salut dans l'écriture.

Ecrit dans les années 70, ce roman n'a rien perdu de son actualité. Je suis curieuse de découvrir les autres œuvres de cet auteur.

Petite anecdote personnelle pour terminer ce billet : après ma deuxième séance de lecture, d'une soixantaine de pages, ma nuit a été envahie d'un rêve dans lequel je déambulais dans Turin et parlais italien. J'ai pourtant lu ce livre en version française. Puissance évocatrice d'un auteur, réminiscence d'une lectrice...

Mon frère italien - Giovani Arpino

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