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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

13 Février 2013

Dans l’introduction de de son récit, Paule du Bouchet nous informe du but qu’elle s’est fixé, à savoir, faire le portrait de sa mère, Tina Jolas, qui vient de mourir, femme « emportée » par sa passion pour le poète René Char très jeune, mariée et mère de deux enfants, origine de sa blessure de petite fille pour toujours marquée par la souffrance de l’abandon. A la fin de l’introduction, elle ajoute qu’elle vient de trouver « par hasard » des lettres de sa mère à une amie proche, parlant de cette passion, et qu’elle a décidé d’en semer des extraits entre les paragraphes de son récit.

Tout est là : la première intention, un portrait de mère, pour dire ce qu’elle fut, lui rendre justice aussi puisqu’elle fut une « maîtresse », et l’on sent bien que pour sa fille cela veut dire souvent bafouée, mais au fil de la lecture, c’est un autre portrait qui se dessine. Celui d’une fille qui tente de comprendre ce qu’est la passion amoureuse, dont elle a été témoin et victime collatérale, comment cette passion de mère a brisé ses rêves d’enfant, détruit sa vie d’adolescente et perturbé sa vie de femme. L’intention augurale est manichéenne, et puis, en une centaine de pages, la vengeance de la fille envers la mère traitresse, le méchant poète, le père absent et faible, se délite peu à peu. Mettant des mots sur ses maux, Paule du Bouchet ressent de l’empathie pour sa mère, et, encore plus incroyable pour elle, s’aperçoit qu’elle lui ressemble. Les faiblesses du livre en font tout l’intérêt. J’ai trouvé que souvent l’auteur tourne en rond, ressasse les mêmes choses, et même assez joliment écrit, c’est ennuyeux. Le texte s’articule en petits paragraphes, pensées un peu confuses, un peu vaines… et puis survient le « hasard », les extraits de lettres en italique de la mère amoureuse, et en un sens l’histoire recommence : ces courts extraits sont d’une beauté fulgurante, d’une poésie incandescente. L’autoportrait en correspondance de la mère devient mille fois plus réussi que la tentative de portrait par sa fille. Les quelques lignes balaient tous les arguments moraux, les doutes, devant la passion amoureuse. Tout juste peut-on se dire qu’il aurait mieux fallu en effet que Tina n’ait pas d’enfant. Outre la passion amoureuse, il y a l’appel de la création artistique, plus nécessaire que la création maternelle. C’est cruel mais c’est ainsi, criant de vérité.

Alors, il est vrai que l’on devine ci et là nombre souffrances pour celle qui ne vivra jamais au quotidien avec son amour. De courts séjours dans le Vaucluse, pour se « rapprocher ». Mais l’évidence est là quand ils sont ensemble et Tina ne regrettera jamais rien, dans ce que l’on peut considérer comme un égoïsme monstrueux, quand sa famille passera toujours après sa passion. Rien à ajouter qui ne serait superflu. Paule a longtemps eu du ressentiment pour René, poète génial (vite préoccupé par l’image qu’il laissera à la postérité) mais homme comme les autres avec ses petites lâchetés, ses mensonges et surtout sa trahison finale, sans doute parce qu’elle s’est interdite longtemps d’en avoir pour son père, le vrai mystère du livre.

« Fureur et Mystère » est un recueil de René Char. Plus que « Les dentelles de Montmirail », écrit pour Tina, ce titre colle à la passion de la femme emportée. Fureur de la passion, et Mystère d’une vie pour celle qui, à la fin de son existence, demandera : « L’ai-je vraiment vécue » ?

Ce livre joliment raté est une déclaration d’amour d’une fille à sa mère qui ne répare rien, mais l’a sans doute un peu pacifiée.

Paule du Bouchet, outre la musique qu’elle pratique avec talent, écrit des livres pour enfants.

Emportée - Paule du Bouchet

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