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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

11 Mai 2013

Dans le cadre de Masse Critique – Merci à Babelio et aux Editions du Jasmin

La lecture de cette histoire est conseillée sur la couverture de l’ouvrage aux enfants à partir de 8 ans. Mes impressions d’adulte seront accompagnées des commentaires d’une petite fille de 8 ans moins un mois, Esther, qui a bien voulu poser son regard curieux et spontané sur cette histoire.
Ce roman est le premier volet d’une trilogie. Au travers d’un périple de deux enfants, Vincent et Agnès, frère et sœur, et leur regard candide, l’auteur présente un mode de vie et un décor différents de ceux que les lecteurs potentiels vivent au quotidien. Ici, nous allons côtoyer les Touaregs et plus particulièrement le petit Mahmoud, dix ans, qui est devenu l’ami des deux petits européens alors que tout, hormis leurs âges, les oppose.
Dès les premières pages je me suis trouvée dans l’embarras : cette mission pédagogique, tout à fait louable, est paradoxalement la faiblesse du récit. En effet, le style est très vite surchargé de détails, de descriptions, dans une succession de scènes représentatives de la culture Algérienne (un marché, le thé à la menthe, la vie quotidienne nomade des Touaregs, le désert…), un peu comme un documentaire très fouillé, mais qui asphyxie la parole des enfants. Tout au long du récit, ceux-ci sont à peine personnalisés : d’un côté, le binôme Vincent-Agnès, comme un bloc pratiquement jamais différencié, symbole de l’Europe nantie et ignorante, de l’autre Mahmoud, représentant de son peuple, dont la parole ne semble émerger que pour délivrer un message didactique appuyé. Au bout de dix pages, très bien écrites (au vocabulaire exigeant pour des enfants de huit ans il me semble), je me suis demandée dans quelle mesure ce livre s’adressait aux enfants. Le message est clair, mais il me semble qu’un enfant a besoin de s’identifier aux héros de l’histoire pour être accroché. Et surtout, que l’on permette à son esprit de s’évader, à son potentiel créatif de s’exprimer au travers de respirations un peu oniriques. Ce périple dans le désert, lieu de tous les fantasmes possibles, semblait le décor idéal pour cela, mais par sa profusion d’informations l’auteur compromet l’interaction.
Curieusement, l’histoire commence pourtant sur un postulat irréaliste : Agnès et Vincent débarquent seuls d’un bateau sur la terre Algérienne (nous apprendrons plus tard ce qui a motivé leur départ), rencontrent Mahmoud et le suivent durant plusieurs semaines. Personne ne s’étonne de l’absence de leurs parents, personne ne les recherche… Pourquoi pas ? Mais l’autre face du récit, la présentation très réelle et pratique du mode de vie des Touaregs dans une époque très contemporaine, l’ancrage du contexte appuyé, contredisent l’invraisemblance de l’insouciance avec laquelle se déroule la fugue des enfants.
Du point de vue d’Esther, le livre a été difficile à lire jusqu’au bout. Les premières pages l’ont vite découragée, dixit sa maman, qui a dû l’encourager en lisant avec elle, à cause de trop de mots qu’elle ne connaissait pas (je précise qu’Esther est une lectrice occasionnelle, plus amatrice de vidéos que de livres en général). Puis, elle s’est interrogée : pourquoi les enfants sont-ils partis ? Pourquoi les parents ne les cherchent-ils pas ? Et cela l’a tracassée jusqu’au bout du récit. Elle ne s’est pas identifiée aux personnages, était pressée que l’histoire finisse, et a été déçue par la fin. « On s’ennuie… » fut la phrase définitive, enterrant les deux volets suivants de la trilogie dans le sable de l’oubli. Esther est peut-être trop jeune pour cette lecture. Néanmoins, je pense que son intérêt aurait été davantage éveillé si Agnès avait eu une personnalité plus affirmée, si le frère et la sœur avaient réagi en enfants et non en regards uniformes sur le petit Mahmoud et son mode de vie. Seul un match de foot avec les enfants d’un village, prenant une place d’ailleurs disproportionnée dans le récit, est décrit réellement à hauteur d’enfant. Trop souvent ceux-ci ont des pensées d’adultes, trop littéraires. Pour moi, l’auteur a trop privilégié l’intention pédagogique, les scènes descriptives, et délaissé la part de rêve nécessaire pour que l’enfant-lecteur endosse sa part de récit avec sa propre imagination (si ce n’est un conte final, teasing pour le tome 2, un peu maladroit). Bien plus que des enfants, les personnages sont des idées. L’histoire ne contient aucun suspens, aucun ressort dramatique. Je dirais un peu durement que c’est une succession de vignettes faisant la promotion d’un tourisme éco-responsable. C’est bien dommage.

Mahmoud, petit prince du désert - La quête de l'horizon, tome 1 - Didier Debord

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