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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

20 Avril 2013

En préambule de son ouvrage, Madeleine Chapsal, avec honnêteté, nous annonce la couleur : « Pour ce qui est de moi, je suis loin d’être une musicologue avertie mais je crois pouvoir dire que je m’y connais un peu en vie de femmes ».
En résumé, la suite va nous le prouver : sur l’art du chant comme sur la musique, rien ne sera écrit qui n’aura déjà été lu et relu (le livre date de 2002). Madeleine va nous parler de la « femme » Maria Callas, qu’elle relie à Marylin Monroe, et surtout d’elle-même, puisqu’elle ne manquera pas de nous rappeler avec constance pour ne pas dire insistance à quel point elle aussi, comme Maria, fut une victime des hommes sacrifiée sur l’autel d’une époque machiste. Autant dire que ma lecture a oscillé entre l’agacement, l’ennui, et je l’avoue, une légère ironie devant un contenu à peine moins convenu qu’un reportage « people », et un message qui tenterait la fusion du roman-photo et du tract féministe primaire.
Madeleine Chapsal nous ressort le vieux serpent de mer du « Maria faisant son régime a-t-elle perdu sa voix ? », qu’elle réfute mollement en proposant la thèse « audacieuse » selon laquelle ce sont les hommes (Meneghini et surtout Onassis) qui l’ont détruite vocalement… si l’on veut être sérieux, on sait que la Callas, au début de sa carrière, enchainait les rôles Wagnériens et Verdiens au quotidien, qu’elle a soutenu un rythme d’enfer pendant les 13 ans qu’a duré sa carrière : ce fait technique, étant donné sa santé fragile depuis la prime enfance (et donc bien avant toute vie amoureuse), justifie à lui seul que sa voix, avec ou sans régime, se soit détériorée aussi vite. Evidemment, son rythme de vie au sein de la jet set avec Onassis n’a rien fait pour améliorer les choses, mais je ne pense pas me tromper en affirmant qu’elle plus que tout autre devait être assez lucide pour savoir que le déclin était amorcé depuis longtemps. Pour le reste, Madeleine Chapsal rend hommage à la travailleuse acharnée et perfectionniste, ce qui est tout à fait juste.
Concernant la femme, prenant pour angle cette comparaison avec Marylin Monroe, l’auteur nous fait le portrait d’une Callas complexée, manquant de confiance en ses capacités de séduction, trahie et bafouée par les hommes, tout en nous exposant son côté jusqu’au-boutiste, c’est-à-dire, à l’image des héroïnes d’Opéra, une femme rêvant de gloire qui va sacrifier carrière et bonheur parce qu’au fond ce n’était qu’une pauvre petite fille grosse et mal-aimée, désarmée et fragile.
Là encore, je pense que Madeleine Chapsal manque d’objectivité, sans doute parce qu’elle se sent à ce point proche de Callas. Il est vrai que Maria a été une enfant avec un physique ingrat et mal aimée (et je dirais même que si elle a été une victime, c’est avant tout de sa mère qui l’a gavée et entraînée comme un singe savant…), mais dès qu’elle est entrée au Conservatoire d’Athènes, chantant sa première Tosca à 14 ans ( !), nous savons qu’elle a séduit professeurs, auditeurs, et qu’elle a usé de ses charmes précocement avec certains soldats ou chanteurs. Les témoignages ne manquent pas pour nous dire que même grosse et myope Maria était d’un magnétisme incroyable déjà à cette époque. Dès qu’elle a assumé sa voix extraordinaire, ce qui veut dire exploité son don au moyen d’un travail acharné et d’une exigence impitoyable, Maria Callas, contrairement à Marylin Monroe, n’a jamais ou très peu douté de son talent de cantatrice. Elle savait que c’était sa force, sa séduction. De même, contrairement à la comédienne, la Callas a toujours eu une ambition dévorante. Même si Meneghini dans un premier temps géra les contrats et les affaires financières, elle n’a jamais fait professionnellement quoi que ce soit qu’elle n’aurait pas eu envie de faire.
Je pourrais développer point par point nombre d’éléments qui me semblent faussement interprétés par Madeleine Chapsal, mais après tout, elle ne fait que reprendre à son compte ce qui résonne dans sa propre existence, et à ce titre, elle en a le droit, comme le lecteur a le droit de ne pas partager ses thèses. Le problème est que l’on frise le ridicule bien des fois dès qu’il s’agit de l’évocation de la vie amoureuse de la chanteuse : ah, ce thème astrologique !, ah, cette thèse que seuls les homosexuels pouvaient vraiment aimer Callas, reposant sur l’évocation de Visconti et de Pasolini. Bien entendu, ces deux hommes avaient une sensibilité que l’on pourrait qualifier – encore que cela me semble réducteur, de féminine, mais Madeleine Chapsal développe un raisonnement, en 2002 je le rappelle, proprement ahurissant de clichés, réduisant Visconti et Pasolini à leur condition d’homosexuels avant même de considérer leur génie artistique. Tout juste ne nous dit-elle pas qu’ils passaient leur temps à discuter chiffons avec la diva. Ces passages du livre sont les plus faibles et les plus convenus. Elle ne parle pas non plus, sans doute parce qu’elle ne s’y reconnait pas, du côté très conventionnel pour ne pas dire réactionnaire de la femme Callas, rêvant d’une vie de ménagère soumise, hostile à toute idée féministe… malgré un fort tempérament. Les êtres humains, même célèbres, sont souvent plus obscurs et ambivalents que l’on ne le croit ou qu’on ne le souhaite.
Enfin, avec l’entrée en scène d’Onassis nous voilà plongés dans la romance tragique : même si les événements relatés sont exacts (l’argent, l’adultère, les trahisons, la mort du bébé, etc…), Callas et Onassis, ainsi que leur entourage ne sont plus que des caricatures dans un mauvais roman à l’eau de rose. Il est évident que leur histoire commune fut beaucoup plus complexe que ce reportage façon Paris-Match, ne serait-ce que si l’on envisage leur attirance mutuelle comme celle de deux enfants pauvres exilés de la terre grecque, avides de prendre leur revanche sur une enfance humiliée, qui se reconnaissent, s’aiment et se déchirent avec la même passion.
Stylistiquement, on atteint des sommets, avec des phrases sans reliefs émaillées de réflexions personnelles du genre « moi aussi j’ai connu ça, mais je ne veux pas en parler ici, je l’ai écrit ailleurs… ». Ici, je suis d’accord avec Madeleine Chapsal sur un point : Maria Callas rejoint bien Marylin Monroe comme support pour des êtres en mal de fantasmes qui veulent éprouver à travers l’existence de ces femmes-icones des émotions qui rendraient leurs propres vies exaltantes. Au prix de la trahison, pour ne pas dire parfois la malhonnêteté.
En conclusion, je dirai que si vous vous intéressez à Maria Callas, à l’art lyrique, si vous aimez une écriture stylisée, vous pouvez économiser la lecture de ce livre médiocre.

Callas l'extrême - Madeleine Chapsal

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