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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

4 Mars 2013

J'étais un peu réticente à l'idée d'entrer dans l'intimité des lettres que se sont adressés deux hommes aussi pudiques et réfractaires à tout étalage superflu que sont Albert Camus et René Char, mais ma curiosité a été la plus forte à l'idée d'approcher au plus près de ces deux auteurs qui habitent ma propre intimité depuis pas mal d'années maintenant.

Que découvre-t-on dans ces lettres datées de 1946 (Camus a 33 ans, Char 5 de plus) ? Une formidable histoire d'amitié tout d'abord, entre deux êtres qui se reconnaissent très vite comme frères en littérature et en résistance. Amitié qui s'écrit dans des mots aussi bien du quotidien au travers de menus services, de renvoi d'ascenseur, d'une présence fidèle de sentinelle, que dans des échanges d'idées de haute volée, amitié qui ne fait que croître au long des années, bientôt foudroyée par la mort de Camus en janvier 1960.

Mais le plus intéressant est la solidarité constante entre ces deux créateurs en proie aux affres de la création, au doute quant à leur capacité à triompher des obstacles (ennuis de santé, principalement pour Camus, bataille contre l'intelligentsia parisienne...). Chacun, tour à tour, encourage l'autre, le suit dans son travail, le critique sans complaisance mais avec bienveillance, et découvre chez l'autre la merveilleuse altérité d'un ami si proche et si nécessaire dans sa différence. Toujours d'accord sur les points essentiels, Camus et Char n'auront de cesse de s'envoyer leurs épreuves pour connaître le regard de l'autre sur leurs textes. Aucune jalousie, aucune mesquinerie, c'est au contraire une tenace et entétante fraternité arc-boutée sur une éthique et des engagements politiques communs. Que l'un flanche, l'autre est là, avec ses mots, pour réconforter, revivifier l'âme créatrice, accompagner le travail en marche. On ne peut pas vraiment parler d'influence, mais plutôt d'un don équitable, d'un espace libre où chacun évolue sur son propre chemin avec l'autre, relation d'égal à égal non étouffante, toujours soucieuse de ne pas empiéter sur l'espace de l'autre.

Pour finir, ce qui m'a touchée le plus, dans cette amitié entre deux esprits majeurs de notre époque, c'est la pudeur qui habite toutes ces lettres. Un détail, qui peut paraître insignifiant aujourd'hui, mais Char et Camus, tout en se faisant des déclarations d'amitié au vocabulaire presque amoureux (mais toute amitié n'est-elle pas une histoire d'amour ?), utilisent le vouvoiement. Ce n'en est que plus beau.

Correspondance Albert Camus - René Char

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