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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

28 Avril 2013

J'ai lu "Le cri de la mouette" après avoir eu le bonheur de voir Emmanuelle Laborit dans la pièce "Les enfants du silence". Machaloubrun a écrit une critique de ce livre admirable et donc je ne répeterai pas ce qu'elle a dit mieux que je n'aurais pu le faire. J'ajouterai que j''ai été frappée par la présence d'une incroyable force d'Emmanuelle, cette lumière qui l'irradie en permanence. A l'époque, le monde des sourds m'était totalement inconnu. Puis, une amie très proche, ayant rencontré une personne sourde, a commencé à apprendre la langue des signes, dans un institut toulousain, hélas aujourd'hui en difficulté (ce n'est pas par hasard que je le précise). Je voyais très souvent cette amie, et à chaque entrevue, elle m'apprenait quelques signes, ça m'a beaucoup interessée, mais j'ai trouvé ça très difficile pour une personne comme moi qui parle naturellement avec les mains et a donc du mal à maîtriser ses gestes. Par cette amie, j'ai rencontré la personne sourde, ainsi que tout un groupe de sourds. J'ai partagé des repas, des fêtes... et fait connaissance avec ce monde inconnu, suprenant, étonnant, puis le parcours personnel de quelques-uns, souvent empreints d'une grande souffrance, comme le raconte Emmanuelle Laborit. Je me suis rendue compte qu'inconsciemment je trimballais nombre de préjugés, et que plus que toute théorie, tout livre, cotoyer physiquement quelqu'un dit "différent", partager quelques moments de son quotidien, apprend bien davantage. Quelques temps plus tard, mes amis sourds vinrent à mon aide : j'étais désemparée devant le sort de ma plus jeune nièce, devenue sourde à la suite d'un examen médical dont l'appareil était mal réglé. Elle avait 12 ans quand elle a perdu l'audition progressivement. Ce fut une tragédie, le mot n'est pas trop fort. J'ai reconnu nombre de situations que décrit Emmanuelle Laborit, et que m'ont confirmés mes amis sourds : la colère, le refus d'accepter l'handicap pour quelqu'un qui fut entendant, les difficultés scolaires, les difficultés avec l'orthophoniste, l'isolement social, etc... Dix ans plus tard, après bien des cris et des larmes, ma nièce signe, a une vie de couple, et a retrouvé le sourire. Mais quel parcours du combattant ! Plus que jamais, Emmanuelle Laborit, dont le théâtre qu'elle dirige est menacé, porte une parole essentielle.
Dans "Le cri de la mouette", elle nous a interpellés. Après avoir lu le livre, je lui ai envoyé une lettre. Sa réponse fut à son image : chaleureuse et délicate. Elle m'évoquait notamment la difficulté pour les sourds d'écrire, car la langue des signes imprime une syntaxe différente de celle du langage écrit. Elle s'en excusa, c'est moi qui fus confuse. Ce fut après que le monde des sourds percuta le mien, et grâce à Emmanuelle, même si j'avais tout à apprendre, je ne fus pas tout à fait démunie.

Le cri de la mouette - Emmanuelle Laborit

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