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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

11 Février 2013

Je l'ai déjà écrit dans mon billet sur "Une femme fuyant l'annonce" : David Grossman est pour moi l'écrivain du rapport au langage, écrit comme parlé. Si dans "Une femme..." le langage exposé par l'auteur est essentiellement oral, ici, David Grossman traite du langage épistolaire. Un pacte est conclu entre deux êtres qui décident de n'être reliés que par la correspondance. Cette correspondance, pour ces deux êtres mariés chacun de leur côté, un homme et une femme, est l'occasion pour chacun d'eux de se livrer dans son intimité la plus crue. Mais, si les règles du jeu sont posées dès le début, aucune rencontre charnelle, les mots finissent par prendre chair et déborder les protagonistes. L'un va se mettre à épier l'autre, développant un sentiment de jalousie envers cet amour platonique qui "fouille en lui comme un couteau", expression empruntée à une lettre de Kafka à Félice. L'Autre, c'est aussi l'incitation à l'écriture, la source d'inspiration. Finalement, David Grossman pose aussi la question : pour qui écrit-on ? Quel est la nature d'un lien épistolaire, peut-il être totalement désincarné ? La non-présence de l'autre ne favorise-t'elle pas l'exacerbation du désir ? Quelle est la part de risque à s'engager dans de telles confessions, "à livre ouvert", quelles répercussions ce don d'intimité aura sur la vie personnelle de chacun ?

David Grossman semble nous dire : peu importe, l'essentiel est le mot, l'incarnation du mot que l'on passe des heures à choisir parmi le vocabulaire foisonnant d'une langue donnée, toute rencontre n'ayant pour but final que la quête de soi, pour pouvoir affronter un peu plus serein les heures solitaires où chacun a rendez-vous avec sa vérité.

"Tu seras mon couteau" est un plaidoyer pour l'écriture.Comme toujours, le style de l'auteur est dense, profond, d'une mélodie faite de circonvolutions. Peu de place pour l'humour ou la légereté, chaque mot pèse son poids et celui de sa tradition. On peut rester hermétique à ce style-là. Pour ma part, il ressemble à ma musique intérieure et je m'y reconnais.

Tu seras mon couteau - David Grossman

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