Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

11 Février 2013

Je n’ai lu des BD pratiquement qu’enfant ou adolescente, des classiques Asterix, Lucky Luke aux classiques Gotlieb et Franquin, mais il y a bien des années que je n’en lis plus sinon par hasard, et le seul souvenir que j’aie d’une BD lue à l’âge adulte qui m’ait séduite demeure Corto Maltese, essentiellement pour le charme du héros dont j’ai oublié les aventures. Mais, en tant que lectrice de ce genre littéraire, je souffre d’une infirmité qui est que je me concentre essentiellement sur le texte, et peu sur le dessin, et n’avais à ce jour jamais éprouvé le plaisir que certains lecteurs de BD partagent notamment sur Babelio.

Et c’est ce qui est bien ici : outre le fait de partager ses propres lectures, on peut au détour d’une critique d’un membre de Babelio avoir la curiosité de s’aventurer dans des territoires abandonnés depuis longtemps. C’est ainsi que je dois remercier Lehane-Fan, dont je lis régulièrement les critiques qui m’ont toujours intéressées même parlant de livres qui ne m’intéressaient pas, car, au détour d’un échange personnel ce lecteur avisé m’a conseillé de lire une BD ayant pour auteur Etienne Davodeau. Dès ma visite suivante à la bibliothèque de mon quartier, j’ai cherché dans les rayons BD où je n’avais jamais farfouillé un album de cet auteur et j’ai trouvé « Un homme est mort » que j’ai emprunté les yeux fermés, si j’ose dire.

Dès le début de ma lecture, j’ai été happée par l’atmosphère qui se dégage à la fois du dessin et du texte, oui, un scoop que cet « à la fois », je n’ai pas été gênée par ma dichotomie habituelle, mais mes yeux ont vagabondé du texte au dessin et inversement sans la moindre gêne. J’ai ressenti pour la première fois une réelle émotion esthétique en lisant une BD, sans que cela soit nuisible à ma compréhension de l’histoire. J’ai été sous le charme de la poésie du trait, les couleurs un peu sépia, le découpage parfois cinématographique, alternance gros-plan et plan large par exemple… La ligne est claire, les formats des cadres différents donnant de l’ampleur au propos, certains dessins parfois tenant sur une page entière et formant de vrais tableaux. Parfois, le dessin est bavard, parfois se succèdent une série de dessins sans parole, imprimant un rythme romanesque au récit que j’ai vraiment apprécié.

J’aurais déjà été largement satisfaite de mon expérience nouvelle, et par bonheur l’histoire racontée m’a aussi énormément touchée. L’auteur nous raconte un épisode réel et prenant d’une lutte sociale qui a eu lieu dans la ville de Brest d’après-guerre, en 1950, en reconstruction. Les ouvriers des chantiers sont en grève et une manifestation se prépare. Un journaliste-cinéaste va être le témoin des événements tragiques qui vont se dérouler ce mois d’avril, et l’auteur nous conte également l’implication politique des héros de l’histoire – car ce sont bien des héros, qui, chacun, avec leurs propres outils, manuels ou intellectuels, contribueront à perpétuer la mémoire de ce qui s’est passé et qui marquera à jamais l’histoire de la ville, mais aussi et surtout de l’homme mort, ouvrier, Edouard Mazé. Cet hommage militant est très émouvant, pas du tout lourd, parsemé d’humour et de petits détails qui en font toute l’authenticité. Il me semble que cette BD est l’outil pédagogique idéal pour des enfants dans le cadre de l’école, car elle réussit la prouesse d’être passionnante sans être trop didactique, de par son déroulé dramatique parfaitement maîtrisé et la mise en scène des dessins qui ne peut que séduire un public jeune. Mais ce serait bien réducteur que de réserver cette lecture à des enfants, et chacun à tout âge apprendra beaucoup et sera touché.

A la fin de l’album se trouve un dossier illustré de photographies d’époque, de témoignages des protagonistes réels de cette histoire, également passionnant.

Une vraie découverte pour moi que cet album, et sans doute un nouvel horizon dans le ciel de mes lectures à venir.

Un homme est mort - Etienne Davodeau/Kris

Partager cet article

Commenter cet article