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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

3 Octobre 2013 Publié dans #Musique

La lecture de cet ouvrage, bien que bref, ne m’a pas été très facile. Si je n’ai pas eu de mal à suivre au niveau du vocabulaire, des éléments techniques ou historiques relatifs à la musique, j’ai dû m’accrocher car ce livre à but essentiellement pédagogique (comme l’auteur nous le précise dans son « Prélude »), censé s’adresser en priorité à ceux qui ne connaissent pas ou très peu Bach et son œuvre, fut parfois pour moi d’un ennui assez redoutable. La raison essentielle en est que, même si Jean-Luc Macia affirme avoir voulu montrer un aspect de Bach qu’il juge méconnu, « plus complexe, plus sanguin et bon vivant… », ce côté humain et terrestre du compositeur me semble tout juste évoqué, quand c’est principalement le côté théologique du créateur qui est développé. JL Macia a été Directeur du journal « La Croix » et il me semble évident qu’il s’est naturellement consacré à l’œuvre religieuse de Bach, très riche en effet, délaissant par exemple les concertos pour violon ou autres œuvres profanes (qu’il n’évoque pratiquement que dans ses indications discographiques). Je comprends qu’il ait privilégié ce qui le touche le plus, mais dans un contexte vulgarisateur, on atteint parfois des limites dans l’accessibilité à tout un chacun.

Ce qui m’a le plus ennuyée est que l’auteur enchaîne avec monotonie le catalogue des œuvres (la Cantate BW… comparée à la Cantate BW….), avec une exégèse intéressante mais qui tombe un peu à l’eau pour ceux comme moi qui n’ont pas en tête précisément l’œuvre citée en référence. Je pense que le livre gagnerait à être accompagné d’un CD pour ne pas perdre l’intérêt du lecteur. Durant de longues lignes l’auteur commente tel ou tel passage des Ecritures tel que Bach l’a présenté dans telle ou telle Cantate, telle ou telle Passion… à moins d’être aussi calé en religion protestante et de connaître les différences entre les luthériens et les calvinistes, le livre risque de tomber des mains.

Ces réserves faites, il est vrai que l’auteur a choisi un parti pris intéressant dans la construction de son essai : plutôt que de privilégier la chronologie, il a créé des chapitres mettant en valeur un domaine particulier : trois chapitres sur la famille, puis l’organiste et l’instrumentiste, le professeur, et trois chapitres relatifs à la religion (le luthérien, le prédicateur, l’évangéliste), pour terminer par le savant et boucler la boucle avec l’héritage.

Seuls les chapitres consacrés à la famille nous brossent vraiment un portrait psychologique de Bach, encore qu’assez succinct. Malheureusement, et ce n’est pas la faute de l’auteur, cela commence par l’arbre généalogique (nombre d’ancêtres de Bach étaient musiciens), puis par la descendance, et Bach ayant eu 20 enfants, dont 13 seulement ont connu l’âge adulte, nous revoilà face à des listes interminables, cette fois-ci de noms, des fils, des cousins, et comme la plupart ont été aussi musiciens… la famille Bach m’a aussi un peu engloutie. L’auteur ne manifeste que peu de critique de l’homme, tout juste indique-t-il son souci de gloire assez démesuré, sa courtisanerie, mais qu’il excuse en affirmant que l’homme avait conscience d’être un génie et que la flatterie des puissants était chose courante à l’époque, ce qui peut être en effet acceptable. Il trouve aussi Johann Sebastian excellent mari et père, et là je me bornerai à dire que je ne partage pas tout à fait ce constat, n’ayant pas les convictions religieuses de l’auteur sur lesquelles il se base pour justifier sa « sainteté » Bach. Bon père sûrement, mais avec ses fils, car l’auteur laisse tout de même entendre que même les filles Bach avaient des dons musicaux assez exceptionnels, mais papa n’a rien fait pour les encourager puisqu’elles étaient destinées soit à être mariées jeunes, soit à rester célibataires pour s’occuper de leurs frères… De même, JL Macia évoque plus que vite Anna Magdalena, la deuxième épouse de Bach, ne s’attardant pas sur ses propres dons musicaux et l’aide artistique qu’elle a apporté à son mari (tout en lui donnant 13 enfants…). Mais je ne voudrais pas donner l’impression que je cherche à polémiquer et je me limiterai à dire que l’auteur est resté dans le contexte de l’époque…

Quoi qu’il en soit, de nombreux passages de ce livre restent très intéressants, car il est met vraiment en lumière le génie incroyable de Bach, sa créativité hors norme, et tout ce qu’il a apporté à la musique de son temps et aux compositeurs qui lui succéderont. Je ne savais pas que si Bach a eu la reconnaissance de ses contemporains, sa renommée s’est par la suite estompée, et il fut moins joué, d’autant que certains de ses fils furent des compositeurs célèbres en Allemagne et en Angleterre. Le premier qui véritablement ressuscita la flamme fut Mendelssohn, notamment en effectuant de nombreuses transcriptions, puis le XXème siècle, l’avènement du disque, des interprètes aussi divers que Glenn Gould ou Yehudi Menhuin, Gustav Leonhardt, Nikolaus Harnoncourt, pour ne citer qu’eux, ont achevé de mettre sur orbite la fusée Bach qui aujourd’hui est sans conteste considéré par les mélomanes comme le plus grand génie de la musique.

Johann-Sébastian Bach - Jean-Luc Macia

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