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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

20 Avril 2013

Mathieu Lindon aime écrire. « Quand j’écris, je suis fou », dit-il.
J’aurais aimé percevoir cette folie dans ce récit qui nous présente ce que fut et en quoi résonne encore, pour ce « fils de », la fréquentation (choisie) de l’être d’exception que fut Michel Foucault et celle de son père (subie), ainsi que son amitié avec Hervé Guibert.
Mais, dans toute sa sincérité, sa candeur un peu ahurissante, son arrogance tranquille aussi, l’auteur ne m’a inspirée au mieux qu’un peu de sympathie, et aussi un certain agacement.
La plume de Mathieu Lindon est agréable, fluide, raffinée, mais sans surprise. J’ai eu beaucoup de mal à m’intéresser aux atermoiements de l’adolescent tourmenté puis de l’adulte immature par la perplexité dans laquelle me laissent la plupart de ses difficultés, que je qualifierais, au risque d’être sûrement un peu injuste, de problèmes de luxe.
Si son mal-être est bien réel, Mathieu Lindon ne se débat que très mollement dans ses contradictions, bien trop attaché à son mode de vie somme toute très confortable.
L’hommage rendu aux trois personnes citées plus haut, et avant tout à Michel Foucault, est touchant, mais m’a laissée à distance.
Rejetant son père, Jérôme Lindon, sa figure écrasante d’éditeur des « Editions de Minuit », par lequel il a fréquenté dès son plus jeune âge de nombreux écrivains, Mathieu n’a aucun problème à profiter des réseaux de celui-ci pour travailler dans des journaux, faire des critique de films dont il se contrefout ou de livres qu’il n’a pas lus (ce qu’il avoue sans regret). Il n’a jamais vraiment pris le risque de vivre sa propre vie, aspirant à une indépendance tout en gardant la tête assez froide pour profiter des avantages que lui procure son ascendance. Après tout, cela est assez humain, et je ne voudrais pas tomber dans le jugement trop facile, mais, pour en revenir au livre, tout ceci nous est raconté sans humour, et avec un nombrilisme décidément si caractéristique de tant d’écrivains français. Par ci par là, certaines phrases nous laissent espérer un peu de hauteur, mais nous retombons vite dans des réflexions d’enfant gâté, fût-il sensible et sympathique.
Dans la première partie du récit, Mathieu Lindon nous raconte l’adolescent solitaire et complexé qui finit par assumer son homosexualité, entre dans le cercle relationnel du philosophe Michel Foucault, pour lequel il va développer un amour non consommé, plus ou moins filial : dans la seconde partie il développera la comparaison entre sa relation avec son père et celle avec Foucault, le père non choisi et celui qui n’en est pas tout à fait un mais duquel tout de même on se sent fils. Beaucoup de lignes pour rien. A mon avis, le récit aurait gagné en plus de concision, mais Mathieu Lindon visiblement aime beaucoup se raconter.
Dans ses années de jeunesse, Mathieu Lindon devient intime avec le philosophe, lequel l’invite régulièrement à habiter dans son appartement rue de Vaugirard, appartement qui deviendra le symbole après la mort de Foucault de la jeunesse enfuie de l’auteur. Tout au long du récit, l’auteur décrit les soirées passées sous le signe des plaisirs du sexe, de la drogue, de la stimulation intellectuelle. Le portrait de Foucault est celui d’un confident attentif, disponible, généreux, discret, auquel on chercherait vainement un défaut qui nous le rendrait un peu plus humain. Toujours digne, admirable, jusque dans la mort…
Les amants se succèdent pour Lindon, et j’ai été sidérée par la façon dont ses aventures sentimentales nous sont narrées au travers d’anecdotes d’une banalité stupéfiante (c’est le cas de le dire), du style : il m’a fait ceci alors je l’ai rapporté à truc qui l’a répété à machin qui pour se venger a fait cela…ou : ce jour-là nous étions tellement défoncés que nous avons oublié d’arroser les plantes du balcon que Michel aimait tant… mais il a été si gentil qu’il ne nous en a pas voulu. Passionnant…
Il y a très longtemps que ce genre de potins ne m’intéresse plus, pour peu que cela m’ait intéressée. Devant ces micros événements prenant toute la place dans la vie de l’auteur, je me suis dit que je lui aurais conseillé d’aller voir un peu en dehors de son cercle d’entre-soi pour constater comment vivent les autres représentants d’une espèce humaine étrangère à son milieu et à son mode de vie, et peut-être s’apercevoir qu’il existe d’autres problèmes bien plus graves. Mais, à l’évidence, les déplacements de Mathieu Lindon sont restreints, entre son appartement parisien et celui de Foucault, le journal « Libération », les clubs branchés, la maison familiale en Normandie (dont il profite aussi très volontiers). S’il vient à s’aventurer un peu plus loin, c’est au cours de vacances de luxe dans des îles méditerranéennes ou autres destinations solaires.
On me rétorquera que personne n’est obligé d’avoir une conscience sociale, ce qui est vrai, mais la profondeur du récit y aurait assurément gagné car nous aurions eu un contrepoint à cette vie oisive et arrogante.
Malgré tout, l’élément qui va faire basculer tout ce petit groupe de l’insouciance à la brutalité du réel est le sida qui apparaît quelques années après la rencontre de l’auteur avec Foucault.
Le sida tuera bon nombre de ses amis et fréquentations, et en premier lieu, Michel Foucault, qui meurt sans vouloir assumer publiquement sa maladie. Puis, quelques années après, Hervé Guibert y succombera également après avoir fait de sa longue agonie ce que l’on sait. Avec la perte de ces deux proches avec qui il n’aura jamais fait l’amour (« l’un parce qu’il ne voulait pas, l’autre parce que je ne le voulais pas »), Mathieu Lindon affronte pour la première fois sans fard sa solitude et son désir d’écrivain qui est désormais la seule chose qui l’exalte.
De même, la mort de son père le fait grandir et nous donne les plus belles pages du livre, sans pour autant atteindre des sommets de littérature.
Pour finir, je plains sincèrement l’auteur, qui se rend compte véritablement de la valeur des trois êtres qu’il a le plus aimés en constatant que leur mort respective leur a valu la si célèbre une de « Libération ». Il y a dans cette réflexion une puérilité incroyable, par ce besoin de reconnaissance médiatique pour aider à comprendre la valeur de son propre amour à l’endroit d’êtres humains quels qu’ils soient. Même si l’on ne contestera pas la justification de ces unes par les talents divers et bien réels de ces trois hommes qui ont marqué leur époque, en quoi ces hommages extérieurs devraient-ils peser sur sa propre intimité et la valeur des attachements ?
Je considère cet état d’esprit comme une véritable infirmité et j’adresse à Mathieu Lindon toute ma compassion.

Ce qu'aimer veut dire - Mathieu Lindon

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