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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

24 Mars 2013

Merci à Babelio et aux éditions Kero de m’avoir proposé ce roman de Michel Rostain.

La lecture de « L’étoile est la vieille » m’a un peu déroutée. Au fil des pages, mon intérêt a été inégal, et si j’ai passé un moment agréable en compagnie du roman, et il s’en est fallu de peu que je ne me perde en route.
L’auteur est metteur-en-scène, et je trouve que son roman est davantage mis en scène qu’écrit, en ceci que certaines scènes sont mises en lumière avec outrance quand d’autres émergent à peine de la pénombre, que la théâtralité déborde malgré le très peu de dialogues, et, pour tout dire, que le style m’a paru très confus, hésitant parfois entre la poésie et le burlesque. Après tout, la rupture de ton peut être un choix tout à fait acceptable, mais il ne m’a pas paru maîtrisé, et desservi par une forme un peu nébuleuse.
Michel Rostain nous propose un récit opératique, ouverture, allegro, etc… A l’intérieur de cette forme musicale, le récit se fragmente encore avec la dramaturgie propre du compte à rebours des répétitions d’un spectacle, récit dans le récit.
Par ailleurs, après 59 pages de lecture au cours de laquelle l’identité d’ « Odette », étoile et vieille, n’aura échappé à personne, l’auteur nous explique, dans un scherzo, qui elle est, pourquoi il a choisi de ne pas donner les vrais noms à ses personnages. Le fait qu’il ait choisi d’écrire un « roman » était déjà une première indication, mais cet « avertissement » m’a semblé maladroit, dissertant comme on pouvait s’y attendre sur le problème de la vérité et de la fiction, débat vieux comme le monde.
Tout le monde sait que se souvenir est déjà se mentir, alors fictionner ses souvenirs resterait le choix pour l’écrivain de tenter de se réapproprier une vérité qui émergerait à travers le travail de la création. J’ai trouvé ce passage inutile, parce qu’incongru à cet endroit du récit, et révélateur d’une impasse.
Michel Rostain aurait pu gagner en simplicité en proposant cette exégèse puisqu’il en ressentait le besoin au tout début du roman. Au lieu de ça, il casse sa narration, puis continue comme si de rien n’était. Je n’ai pas compris où il voulait en venir.
Malgré ces réserves, j’ai aimé le personnage d’Odette, tour à tour admiré et malmené, personnage de sa propre gloire, assumant celle-ci avec un cabotinage consommé, n’ayant eu de toute façon pas d’autre choix depuis son plus jeune âge, star inégalable et inégalée de son instrument, prêtresse d’un kitsch élevé au niveau du grand art. Le « metteur », comme il s’appelle, est un peu moins flamboyant avec ses atermoiements sempiternels sur la valeur artistique d’une musique dite populaire qui lui semble indigne de son talent raffiné, de ses goûts avertis d’artiste évoluant dans les sphères élitistes. Là encore, vieux débat, qui a convoqué dans ma mémoire Gainsbourg et Béart (qu’est-ce qu’un art majeur, ou mineur ?), ou certaines scènes réussies du « Goût des autres » de Jaoui et Bacri, preuve que le roman avait du mal à monopoliser toute mon attention.
Je n’ai ressenti que peu d’émotion en lisant ce roman, si ce n’est à la toute fin, quand le récit devient pathétique. Michel Rostain trouve enfin un souffle, dépasse l’anecdote pour mettre à nu ses personnages hantés par le spectre de la mort. Peu importe qui est Odette, qui est le « metteur », le décor s’épure, le jeu est minimaliste, et la lectrice en moi s’est enfin sentie concernée et remuée.

L'étoile et la vieille - Michel Rostain

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