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Parures de Petitebijou

Publié depuis Overblog

4 Juin 2013 Publié dans #Art

Il faudrait pouvoir passer des heures et des heures à lire, explorer, découvrir et revenir sur cet ouvrage passionnant qui se donne pour but de « saisir le lien entre les œuvres d’art et les perceptions de l’érotisme ». Ce n’est pas une encyclopédie, mais un choix d’œuvres opéré par l’auteur, en toute subjectivité, représentatives de l’art occidental mais aussi de différentes civilisations (précolombienne, indienne, chinoise, japonaise), présentées de manière chronologique, d’une « Venus de Willendorf » 25 000 – 22 000 avant J.-C.), statuette de pierre calcaire d’une femme aux formes très opulentes, à « Single III », 1996, de Louise Bourgeois, figure composée de pièces de tissu assemblées, corps à la sexualité interchangeable puisque présentant à la fois les attributs féminins et masculins.
Chaque œuvre est présentée sur une double page, dans son contexte historique, accompagnée d’un petit commentaire qui s’attache à l’angle plus spécifiquement érotique de la scène représentée, que ce soient les pratiques ou le contexte sexuels.
Je ne tenterai pas de faire une analyse savante de ce livre, car j’en serais incapable, mes connaissances dans le domaine des beaux-arts étant assez limitées. Mais j’ai un corps, et je suis une femme, et c’est à travers le prisme de ma féminité telle que j’en ai ma propre perception et celle que les autres, hommes ou femmes, me l’ont renvoyée, que j’ai lu ce livre.
Ce qui est fascinant, au-delà des contingences techniques des artistes sculpteurs, peintres, est de constater l’évolution de la représentation des corps féminins et masculins à travers l’histoire, ainsi que des pratiques représentées. Les œuvres choisies, évoquant majoritairement le corps féminin, attestent des modifications du regard influencé par le poids des conventions sociales, des religions, démontrent que la « norme » esthétique s’est modifiée de façon significative, ainsi que ce que l’on peut ou non montrer est excessivement variable.
De la célébration hédoniste des civilisations dites primitives, en passant par les scènes mythologiques autorisant une représentation explicite, on voit qu’au-delà des corps, la représentation de la sexualité s’est contrainte peu à peu pour l’art « officiel », tandis qu’elle continuait à exister ouvertement et circuler dans des circuits parallèles. Des scènes quotidiennes, hétérosexuelles ou homosexuelles, puis essentiellement conjugales, montrant un éventail réjouissant de plaisirs, l’art peu à peu se focalise sur la séduction, suggère plus qu’il ne montre, et la différence s’affirme entre l’érotisme et la pornographie. Les scènes davantage sexuelles sont cantonnées aux représentations de maisons closes ou autres lieux de plaisirs tarifés, comme avec Toulouse-Lautrec, à moins que l’on ne revienne à un certain « naturalisme », comme avec Gauguin, pour de nouveau montrer des corps libres et affranchis. Une page est bien sûr dévolue à « L’origine du monde » de Courbet, que l’auteur fait entrer dans la catégorie des œuvres réservées aux collectionneurs.
On voit bien encore aujourd’hui, avec la censure par exemple des réseaux sociaux, à quel point la bien-pensance qui se cache sous la notion convoquée de pudeur règne en maître. La représentation de la nudité, a fortiori de la sexualité, n’a de cesse d’être formatée, contrôlée. Les pulsions sont souvent renvoyées comme honteuses, l’animalité demeure tabou.
Finalement, pour les censeurs de tous poils, la représentation du mystère de l’intimité est synonyme de peur, de danger, de possible subversion. A l’heure où l’on prône la transparence, où les corps (de préférence minces, jeunes et athlétiques) se dénudent à foison dans nos représentations médiatiques, la lecture de ce livre est terriblement vivifiante, stimulante et émoustillante. Elle nous amène à nous interroger sur notre propre notion d’intimité, et à réaliser à quel point nous sommes conditionnés par les représentations physiques que l’on nous impose. Encore une fois, si je ne peux juger de la qualité artistique des œuvres présentées, j’ai aimé m’attarder au fil des pages sur cette célébration des plaisirs de la chair. On peut parcourir ce livre seul ou avec l’objet de son désir amoureux, préliminaire gourmet à ses propres fêtes galantes. Ce livre nous incite à demeurer créateurs de nos vies, libres de nos désirs comme de nos refus. Par ailleurs, et ce n’est pas négligeable, il nous rappelle à quel point la notion de beauté est à géométrie variable, et nous encourage à cesser de nous soumettre aux diktats de la mode, en commençant par exemple par se moquer des sorties pathétiques d’un Karl Lagerfeld tout puissant, pour préférer l’éclat du désir qui s’éveille dans le regard de notre partenaire amoureux s’attardant sur nos formes un peu trop généreuses…

Le sens caché de l'art érotique - Flavio Febbraro

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